Pour avoir publié le témoignage d’un Sami homosexuel, un journal norvégien censuré en Russie

Un militant pour les droits des homosexuels lors d’une marche des fiertés à Saint-Pétersbourg, le 26 juillet 2014.
Un militant pour les droits des homosexuels lors d’une marche des fiertés à Saint-Pétersbourg, le 26 juillet 2014. OLGA MALTSEVA / AFP

Sis à Kirkenes, dans le Grand Nord norvégien, le long de la frontière russe, le journal The Barents Observer publie en ligne depuis 2002 des articles en anglais et en russe sur cette région des Barents au cœur des développements dans l’Arctique. Mais, depuis février, le journal est bloqué en Russie, après avoir republié en russe, sur son site, un article apparu quelques semaines plus tôt dans le mensuel sami de Suède Samefolket et dans le journal en ligne suédois ArjeplogNytt.

L’article narre l’histoire de Dan Eriksson, qui, en tant que Sami, l’un des derniers peuples aborigènes du Grand Nord, et homosexuel, évoque son appartenance à une double minorité et les souffrances qui en ont découlé. Dan Eriksson raconte ses deux tentatives de suicide. Un récit trop détaillé en violation de la loi russe, selon les censeurs, qui ont agi à la demande de Rospotrebnadzor, l’agence russe de protection des consommateurs.Lire aussi  La CEDH condamne la Russie pour sa loi réprimant la « propagande » homosexuelle envers les mineurs

Mais Dan Eriksson dit aussi comment il a surmonté ses difficultés et se consacre désormais à soutenir les jeunes dans le besoin :

« Les Russes prétextent, pour censurer cet article, que c’est une incitation au suicide, mais je trouve ça diffamant, c’est tout le contraireJ’aimerais aller en Russie leur expliquer, mais je n’ose pas. »

Roskomnadzor, l’agence russe de supervision des communications, des technologies de l’information et des médias, avait d’abord demandé au Barents Observer de retirer l’article de son site. Devant le refus de son rédacteur en chef, le site a été bloqué. Jeudi 25 juillet, il sera confronté, par l’intermédiaire de ses avocats, à Roskomnadzor devant un tribunal de Moscou. Dans leur démarche contre le censeur russe, les Norvégiens sont soutenus par l’organisation russe antidiscrimination ADC Memorial, qui les assiste sur place à Moscou.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  « L’homophobie est profondément ancrée dans la société russe »

Thomas Nilsen, rédacteur en chef du journal, n’en est pas à ses premiers déboires avec les autorités russes. Il y a deux ans, alors qu’il se rendait en Russie en reportage (la frontière russe est à 15 kilomètres de Kirkenes), les gardes-frontières du FSB, le service fédéral de sécurité de la fédération de Russie, lui avaient refusé l’entrée, sans lui donner d’explication.

Interdiction de territoire

Le lendemain, au consulat russe de Kirkenes, on lui avait stipulé que la Norvège était bien stupide d’appliquer les sanctions contre la Russie.Thomas Nilsen raconte :

« Le fait que j’étais sur la liste russe des personnes non grata, qui répond à la liste des Russes interdits de voyage à l’Ouest, m’a été confirmé le lendemain. Mais je n’ai jamais rien commis d’illégal. Je leur ai dit que, s’ils voulaient m’expulser, ils devaient me dire pourquoi. »

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